Saint-Maur et l'Histoire de France

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Saint-Maur et l'Histoire de France

Du XVIe au XVIIIe siècles, le sort de la "butte" du Vieux Saint-Maur est intimement lié à l'histoire de France. Le cardinal Jean du Bellay est abbé commendataire de l'abbaye et, à ce titre, en perçoit les revenus. Or il estime indigne de lui le logis abbatial ! Il fait donc construire par Philibert de l’Orme, l'un des grands architectes de cette période, un petit château Renaissance. Celui-ci est composé de quatre bâtiments édifiés entre 1540 et 1544 et disposés autour d'une cour carrée sur l'éperon rocheux qui domine la boucle de la Marne et la plaine alentour. Le domaine, fort agréable, offre une vue superbe. Et il dispose d'un atout maître : un terrain de chasse incomparable où abondent lapins, lièvres et perdrix. 

Protecteur des arts et des lettres, le cardinal Jean du Bellay reçoit beaucoup lors de ses séjours à Saint-Maur, d’abord à l’abbaye puis au château. Il accueille notamment poètes, artistes et humanistes. Parmi eux, Guillaume Budé (1467-1540), érudit laïc, crée la bibliothèque de Fontainebleau qui, transférée à Paris, devient la Bibliothèque nationale. Conseiller du roi, il incite ce dernier à créer ce qui deviendra le Collège de France. Budé, qui possède une maison et quelques arpents de vignes rue du Four, vient au château en voisin... François Rabelais, médecin et bibliothécaire, s'installe au monastère bénédictin de Saint-Maur et bénéficie de la protection directe du cardinal. Il écrit là une partie de son Quart Livre mais ne partage guère la vie des moines... Joachim du Bellay, poète et fils d'un cousin de Jean, jouit lui aussi d'un accueil favorable et se voit confier la gestion des comptes de l'abbaye. Quant au roi François 1er, il assiste à des fêtes magnifiques données en son honneur. 

En 1560, à la mort du cardinal, ses héritiers ne disposent pas des moyens financiers nécessaires à l'entretien et à l'embellissement du domaine. Catherine de Médicis l'acquiert, l'agrandit et le transforme entièrement. Des pavillons sont bâtis aux angles, des galeries ouvertes sont aménagées, et un immense fronton dissimule l’ancienne façade.
La reine se plaît à Saint-Maur et y séjourne fréquemment. Elle y reçoit notamment son fils, le roi Charles IX, et le cardinal de Guise. Mais en 1589, quand la reine meurt, les travaux sont loin d'être achevés…

En 1598, le château est vendu à Charlotte-Catherine de la Trémouille, veuve de Henri 1er de Bourbon, prince de Condé. Henri IV, la reine et le futur Louis XIII viennent à Saint-Maur voir leurs cousins… Puis le prince cède son domaine à son fils, Henri II de Condé, qui le transmet lui aussi à son fils, Louis II dit le Grand Condé, duc d'Enghien. 

Au XVIIIe siècle, les Condé, qui lui préfèrent leur château de Chantilly, donnent l'usufruit du domaine de Saint-Maur à leur intendant, Jean Hérault, baron de Gourville, et lui laissent le soin d'achever l'édifice, ce qui sera fait vers 1738. Gourville demande à Le Nôtre de dessiner les plans des jardins.
Pendant ce temps la vie intellectuelle se poursuit au château où sont accueillis Madame de La Fayette, qui y écrit La Princesse de Clèves, Madame de Sévigné, le marquis de La Rochefoucault, Ninon de Lenclos, Boileau... 

Quand arrive la Révolution, les Condé sont toujours propriétaires du domaine. Mais comme ils ont émigré dès la première heure, leurs biens sont confisqués au profit de la Nation. Le château est vendu aux enchères comme bien national et démoli en grande partie entre 1796 et 1799.* Les pierres sont emportées. Les habitants coupent les arbres du parc pour se chauffer. Tout est dévasté. Carrières et champs labourés remplacent parterres, bassins et bocages. Du château de Saint-Maur, plus une trace ! Quant aux objets d’art qui ont participé de la splendeur du domaine, ils sont emportés par les commissaires du gouvernement. La plupart d’entre eux font aujourd’hui partie des collections nationales.
* Le Château de Saint-Maur du XVIe au XVIIIe siècle - Société Le Vieux Saint-Maur - Dossier établi par Pierre Gillon - 2009

Le duc d'Aumale, héritier des Condé, décède en 1830. Un an plus tard, le domaine est vendu à la criée à Paris. Spéculateurs et futurs lotisseurs sont présents. Adam achète 215 hectares au centre de la boucle et donne son nom au quartier qu'il crée : Adamville. Caffin se porte acquéreur de 470 hectares à La Varenne et rachète bientôt ses terres de Champignol à Didier. Moynat acquiert 120 hectares là où naîtra le quartier de La Pie, et aussi les 159 hectares du grand parc du château. En 1860, ses héritiers revendent le parc à la Compagnie des chemins de fer de l'Est qui le lotit. En contrepartie, la Compagnie renonce à faire passer sa ligne sur les coteaux de Champigny. Le Petit Train de la Bastille passera donc par Saint-Maur où quatre gares seront construites. Voilà qui valorisera les terrains !

Du château et de son parc, il ne reste que quelques traces dans le paysage saint-maurien. Encore faut-il les connaître et les identifier : larges avenues, certaines en courbe car elles empruntent les dessins des allées du parc ; rue Viala bordée par les vestiges du mur d'enceinte du grand parc ; entrée du Castel du prince de Condé ; grand chêne qui a poussé dans le parc et qui pourrait nous susurrer les échos de la vie que l'on menait au château et nous en livrer quelques secrets…

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