
Hommage à une donation
Depuis 1933 et le don par Pierre-Antoine Cluzeau lui-même de huit gravures de la série En suivant la Marne, le musée de Saint-Maur n’a cessé d’enrichir le fonds consacré à cet artiste. Dernier événement marquant dans l’histoire de cette collection, la donation, officialisée le 26 mars 2007 par la ville, de 464 œuvres du peintre-graveur, par son fils Pierre. Ce don remarquable couronne les heureuses relations de la ville, à travers son musée, avec cet artiste et sa famille. Grâce à cet enrichissement des collections, un autre regard peut être posé sur Pierre-Antoine Cluzeau : passionné, sensible et profondément humain.
L’œuvre d’une vie
L’exposition dresse le portrait d’un homme attachant, vouant sa vie à son art, porté par l’amour d’une famille unie. Car Cluzeau n’est pas l’artiste maudit, rétif à toute stabilité. Bien au contraire, il puise dans la quiétude du foyer la force de son inspiration. Son père puis sa femme et ses enfants participent à sa vie professionnelle. Auguste, le père de Pierre-Antoine, est courtier à la Bourse de commerce de Paris ; il permet à Pierre-Antoine et à son frère Henri de mener une vie heureuse. Suivant l’exemple paternel, les deux garçons s’engagent dans le commerce. Tandis qu’Henri s’épanouit dans cette voie professionnelle, Pierre-Antoine rêve à d’autres horizons. Son père, bienveillant et attentif, accepte qu’il suive des cours de dessin puis qu’il prépare l’entrée aux Beaux-arts de Paris. En 1908, il est admis dans la prestigieuse école et intègre l’atelier de Luc-Olivier Merson puis celui de Raphaël Collin. Ces deux tenants du classicisme lui apportent une solide culture artistique.
Des bords de Marne aux crêtes des Alpes : à la poursuite du paysage
Né en 1884 à Saint-Mandé, Pierre-Antoine s’installe avec ses parents et son frère à Saint-Maur, dans le quartier du Parc, en 1904. Il ne quittera plus cette ville qu’il affectionne tant. Les bords de Marne sont le théâtre de ses croquis et de ses premières recherches picturales. Il s’intéresse également aux berges de la Seine. Il met en scène toute la vie laborieuse de ces abords de rivières : pêcheurs, lavandières, matelassières animent les quais. Cluzeau part soigner son asthme au bon air, encouragé par son médecin. Dès le début des années 1910, il effectue des séjours réguliers dans différentes régions de France. D’abord dans le Cantal dont les paysages lui fournissent le sujet pour ses premières gravures. En effet, conseillé par l’aquafortiste Lochelongue, Cluzeau découvre les possibilités offertes par l’eau-forte et la pointe sèche. Ces techniques permettent à l’artiste d’exprimer toute la finesse de son style. Il voyage également en Normandie, dans les Alpes, en Provence ou encore en Alsace. A chaque fois, c’est l’occasion de mettre à profit son goût du patrimoine bâti et notamment des édifices religieux. Il trouve les points de vue qui mettent en valeur les monuments, majestueux ou modestes. Il envisage les paysages naturels avec justesse. Certains, envahis par une lumière et des couleurs inattendues, révèle toute la variété de l’art de Cluzeau et son bonheur de peindre.
Pour l’amour d’une cathédrale
Pierre-Antoine profite de son statut d’étudiant de l’École des beaux-arts de Paris pour dessiner à son aise dans les antres de la cathédrale de Paris. Gargouilles, dentelles de pierre, ogives et galerie des rois n’ont plus de secret pour lui. Des croquis subsistent de cette période d’apprentissage. Il réalise également des vues générales de l’édifice. Parmi ses plus belles réussites en gravure, la vision des tours de Notre-Dame occupe une place prédominante. Sans doute influencé par son professeur Luc-Olivier Merson qui avait réalisé des illustrations de Notre-Dame de Paris, le roman de Victor Hugo, Pierre-Antoine s’en inspire à son tour et crée des scènes fidèles à l’ambiance dramatique du récit.
Diffusion de ses talents
Grâce à divers contacts, familiaux ou amicaux, Pierre-Antoine Cluzeau bénéficie à plusieurs reprises dans sa carrière de commandes : réalisation de programme pour une soirée, création d’une affiche publicitaire pour des hôtels ou encore constitution d’un dépliant à destination des clients des Chemins de fer d’Alsace et de Lorraine dans lequel Cluzeau traduit la beauté des paysages de la région.
Au grè de ses voyages, l’artiste noue des liens importants pour sa carrière : des galeries prennent ses œuvres en dépôt et lui consacrent des expositions personnelles comme à Nantes. Il participe à de nombreux salons dont celui des peintres de montagne. Des institutions publiques telles le musée Carnavalet et le musée du Vieux-Lisieux font l’acquisition de certaines de ses gravures.
Un artiste au chevet des soldats des colonies
Lors de la Première guerre mondiale, Pierre-Antoine est affecté à un poste d’infirmier à l’hôpital du jardin colonial de Nogent-sur-Marne, à quelques pas de la maison familiale. Cet établissement se chargeait de soigner les blessés issus des colonies françaises. Cluzeau veille ces soldats, les aide à rédiger le courrier pour leur famille, soigne leurs blessures… Il passe tout le temps libre dont il dispose à dessiner encore et toujours. Il suit les conseils de son professeur Luc-Olivier Merson et poursuit sa formation en aiguisant son sens de l’observation. De cette période Cluzeau a laissé de très nombreux portraits. Sur tous figurent le nom, les blessures et l’origine de ces soldats. Les portraits sont empreints de dignité et touchent par l’extrême sensibilité avec laquelle Cluzeau s’est attelée à cette tâche. Il représente aussi des scènes de la vie quotidienne : parties de cartes, rédaction de lettres aux familles… Un témoignage unique sur la Grande guerre.
L’exposition est ouverte du mardi au samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18h et le dimanche de 11 h à 13 h et de 14 h à 19 h.
Entrée gratuite.
Des visites-conférences gratuites (tout public) de l’exposition sont proposées les dimanches 25 mai, 29 juin, 27 juillet et 31 août à 15 h et à 16 h 30.
Un catalogue de l’exposition est en vente à l’accueil du musée.